Retour aux articles
Comment fixer ses tarifs quand on débute en tant qu’indépendant en Suisse

Comment fixer ses tarifs quand on débute en tant qu’indépendant en Suisse

Fixer ses tarifs fait partie des décisions les plus importantes — et souvent les plus stressantes — lorsqu’on démarre une activité indépendante.
Entre les charges sociales, la TVA, les impôts et les prix du marché, on a vite l’impression de naviguer à vue. Pourtant, avec un peu de méthode, il est possible de définir des tarifs justes, viables et cohérents avec la réalité suisse.

Ce guide te donne une approche simple et concrète pour comprendre combien facturer sans te sous-évaluer.

 

1. Pourquoi le calcul “au feeling” ne fonctionne pas

Beaucoup d’indépendants commencent avec une phrase du type :

“Je vais voir combien les autres facturent, et je ferai pareil.”

Mais ce réflexe est trompeur : le contexte de chaque entrepreneur est différent.
Un photographe à Genève n’aura pas les mêmes coûts fixes qu’un thérapeute à Fribourg ou qu’un graphiste travaillant depuis chez lui.

Fixer ton prix en te basant sur les autres, c’est souvent ignorer :

  • Tes charges réelles (AVS, assurance, impôts, logiciels, matériel, local, etc.);
  • Ton temps non facturable (prospection, administration, trajets, pauses);
  • Et la TVA si tu es assujetti.

 

2. Comprendre la base : le revenu net que tu veux obtenir

Avant même de parler de tarifs, commence par définir ton objectif net mensuel.

Exemple : si tu veux gagner 4 500 CHF nets par mois, il faut remonter jusqu’au montant brut à facturer.

En Suisse, les charges d’un indépendant représentent généralement 25 à 35 % de son chiffre d’affaires :

  • 10 % environ pour l’AVS/AI/APG.
  • 5–10 % pour l’assurance maladie.
  • 5–10 % pour les impôts cantonaux et communaux.
  • Et parfois 8.1 % de TVA à reverser (si tu dépasses 100 000 CHF/an).

📎 Référence : Administration fédérale des contributions – TVA


📎 Référence : SECO – Démarrer une activité indépendante

 

3. Convertir ce revenu cible en tarif horaire

Une fois ton revenu brut annuel estimé, divise-le par ton nombre d’heures réellement facturables.

Sur une année de 2 000 heures travaillées, un indépendant facture rarement plus de 1 000 à 1 200 heures — le reste étant consacré à la prospection, l’administration, la comptabilité, ou simplement les vacances.

👉 Exemple simplifié :
Tu veux 80 000 CHF/an de revenu brut et tu factures 1 200 heures :
80 000 / 1 200 = 66 CHF/heure (minimum).
À cela s’ajoutent les charges fixes, les logiciels, et une marge pour ta rentabilité.

 

4. L’influence de la TVA sur ton prix final

Si tu dépasses le seuil de 100 000 CHF de chiffre d’affaires annuel, tu es obligatoirement assujetti à la TVA.
Tu dois donc ajouter 8.1 % (ou 2.6 % / 3.8 % selon ton activité) à tes tarifs.

L’erreur fréquente est de considérer la TVA comme un supplément alors qu’elle ne t’appartient pas : tu la collectes pour la reverser à l’AFC.
Autrement dit, ton prix “HT” doit déjà couvrir tes coûts, et la TVA vient seulement s’ajouter au total facturé.

📎 AFC – Assujettissement TVA

 

5. Tenir compte du marché… Sans s’y perdre

Il est important de connaître les prix moyens dans ton domaine, mais sans t’y enfermer.
La bonne question n’est pas “combien les autres facturent ?”, mais “quelle valeur j’apporte ?”

Exemples :

  • Un coach certifié peut facturer plus qu’un débutant.
  • Un graphiste expérimenté justifie un tarif supérieur par sa rapidité et sa fiabilité.
  • Un consultant avec un savoir rare peut appliquer une tarification à la journée.

💡 Astuce : garde un tarif cohérent mais évolutif. Rien n’empêche d’ajuster tes prix après six mois d’expérience.

 

6. Tarification horaire, journalière ou au forfait ?

Tarif horaire

✅ Transparent, simple à calculer.
❌ Moins adapté aux missions longues ou complexes.

Tarif journalier

✅ Courant pour les consultants ou formateurs.
❌ Nécessite de bien estimer la durée totale.

Forfait (projet global)

✅ Idéal pour les prestations créatives (site web, shooting photo, accompagnement).
❌ Risque d’erreur si le périmètre du projet change.

Tu peux combiner les trois selon les clients.
Le plus important est de clarifier ton mode de calcul dans ton devis et ta facture.

 

7. Les pièges à éviter

  • Sous-évaluer ton travail pour “attirer des clients” : tu t’épuises et tu banalises ta valeur.
  • Oublier les congés : un indépendant n’est pas payé pendant ses vacances, donc le tarif doit les inclure.
  • Ne pas séparer pro et perso : garde un compte bancaire dédié à ton activité.
  • Ignorer la TVA : si tu t’enregistres trop tard, tu risques des rappels rétroactifs.

 

8. L’évolution naturelle de tes tarifs

Ton premier tarif n’est qu’un point de départ.
Au fil du temps, tu pourras l’ajuster selon :

  • Ton expérience.
  • La fidélité de ta clientèle.
  • La complexité de tes missions.
  • Et le volume de demandes.

Les indépendants qui réussissent le mieux ne baissent pas leurs prix : ils augmentent leur valeur perçue.
C’est ce qui te permet d’augmenter ton tarif sans perdre de clients.

 

9. En résumé

Fixer ses tarifs, c’est équilibrer trois éléments :

  1. Ce que tu veux gagner.
  2. Ce que ton marché peut accepter.
  3. Ce que tu vaux réellement.

Avec un bon suivi de tes heures, de tes dépenses et de ta TVA, ton prix devient non pas une estimation, mais une stratégie de viabilité.

 

10. Conclusion

Fixer un tarif, ce n’est pas se vendre.
C’est affirmer la valeur de ton travail, et créer un équilibre sain entre effort, compétence et revenu.
La transparence, la cohérence et le réalisme sont tes meilleurs alliés.

En Suisse, où les charges sont claires et la TVA encadrée, la meilleure stratégie reste la simplicité : comprendre tes coûts, ajuster selon ton évolution, et bâtir une activité durable.

 

Articles liés